Kadi-Blog

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samedi 26 février 2005

Je suis le cobaye de mon cochon d'inde

Je fais partie des gens qui parlent aux bêtes. C'est bon pour la diction et l'imaginaire, évidemment pour autant que l'interlocuteur soit un minimum coopératif.

Celui qui me sert de compagnon de bon sens dans ce monde d'artifices, et donc mon principal partenaire du monde animal, est un sympathique cochon d'inde, qui trône fièrement devant la fenêtre de la cuisine. L'oeil vif, tapi dans sa modeste maisonnette de bois ou langoureusement étendu dans du foin fraîchement déposé par mes soins sur sa litière, il est toujours prêt à se régaler de mes remarques acides sur la marche du monde et n'hésite pas à intervenir dans mon argumentaire s'il l'estime utile et constructif.

Je n'ai jamais envisagé de hiérarchie dans nos rapports, chacun partage son expérience, sa clairvoyance, sans a priori aucun liés à l'espèce ou à l'âge. Enfin jusqu'à ces derniers jours. Avant qu'il ne commence son manège.

C'était, je crois bien, mardi dernier. J'apportais les courses et m'apprêtais à élaborer une nouvelle recette de gratin aux légumes. Comme d'habitude, avant d'entreprendre ces périlleuses et toujours incertaines opérations, je me suis dirigé vers lui pour le saluer et lui raconter brièvement ma journée. Salut cobaye, je lui ai dit. Sur le moment, je n'ai pas vraiment fait attention à ce qu'il m'a répondu et je ne pourrais pas vous le relater très précisément, il m'a juste semblé que mes paroles s'étaient reproduites dans ma tête comme une phrase ou une chanson qui vous reste en mémoire sans qu'on y prenne garde. Cela arrive parfois quand on parle aux bêtes. Salut cobaye. Salut cobaye. Nous avons ensuite brièvement évoqué ce mauvais temps en nous disant que, décidément cette année, l'hiver ne finirait jamais.

Le lendemain, dans des circonstances pratiquement similaires, au moment de préparer une salade de carottes finement râpées, je me suis à nouveau tourné vers lui, mais cette fois-ci, attentif, je l'ai attendu préparer sa réponse. Salut cobaye. Un vertige m'a pris à la gorge. Il m'a dit salut cobaye, c'est bien cela. Je n'avais pas rêvé la veille. Cette petite bestiole noire et blanche m'a bel et bien qualifié de cobaye.

Je suis retourné, penaud, vers ma table de travail pour entreprendre la préparation de cette salade de carottes. Salut cobaye. Ces deux mots tournaient dans ma tête. J'ai râpé quelques racines pendant de longues minutes, absorbé par cette étrange révélation. Mon cochon d'inde me prend pour un cobaye. Peut-être est-ce le signe d'un nouveau respect de sa part, que je suis devenu son égal en quelques sortes, même si cela contrarie violemment l'idée que je me faisais de la cohabitation de nos deux espèces. Encore quelques carottes, oui, quelques unes. Que ça me donne le temps de réfléchir.

NON, JE NE SUIS PAS UN COBAYE, j'ai crié. Comme ça. Je ne sais pas, j'ai eu peur. D'un coup.

Pas un cobaye, pas un cobaye. J'ai repris ma respiration. Non, pas un cobaye. Je voyais cette salade. Encore un peu d'herbes séchées, du persil, peut-être. Non, je ne suis pas un cobaye. Et lui me regardait doucement du fond de la cage, les yeux plein de tendresse.

Oui, un cobaye. Salut cobaye.

Mes yeux se sont embués, je me suis senti trembler de partout et je suis parti plus loin en sanglotant.

Non, je ne l'ai pas accompagné ce soir-là, je n'avais plus d'appétit.
Il a mangé la salade tout seul et je suis resté dans l'autre coin de la cage.

mercredi 23 février 2005

Sans sons ni lumières

Il a passé sur moi sans crier gare. Paf, 39° de fièvre.
Je suis un attrape-virus c'est ça ?
Là, ça va mieux, mais quand même, ça n'est pas très poli, en plus c'est toujours les mêmes.

Bon, revenons à nos moutons. J'ai joué au mariole il y a deux semaines à mon cours de théâtre, oui, je sais, je ne m'en suis pas vanté, je pensais pouvoir m'en tirer comme un grand. Mais voilà, hm, je dois préparer un texte pour une lecture publique à la bibliothèque de la ville, jusqu'ici ça va, sauf que, hm, le seul petit problème, hm, c'est que j'ai pas de texte. Voilà qui est dit. Ouais, pas de texte, une lecture sans texte, quoi. Un truc sans bruit. Au moins je vais pas déranger.

Allez, un petit texte de rien du tout, hein, 10 minutes maximum, ça doit bien se trouver, non ?
Un petit texte spectaculaire, une petite nouvelle qui scotche ?
Bon, pour être honnête, j'ai bien quelque chose en vue, mais ce n'est pas tout à fait ça. Donc je cherche encore.

Je dis ça comme ça, mais si vous avez une idée, hein, ça serait dommage de la garder pour vous...
Moi, je vous dis déjà merci.

samedi 19 février 2005

Choisir de ne pas choisir

J'ai regardé l'effet papillon hier soir.
Peut-être l'avez-vous vu ? C'est l'histoire d'une homme qui a la possibilité d'aller et venir dans son enfance pour y changer un événement et de recomposer sa vie et celles de ses proches jusqu'au nouveau présent. Evidemment, ça ne marche pas comme il le voudrait car le moindre écart entraîne une série de réactions imprévues et au bout du compte, bouleverse complètement la situation par rapport à ce qu'elle était avant qu'il n'intervienne. Intéressant, non ?

En fait, ce qui est intéressant c'est de penser à l'impact que ce genre de film produit sur le spectateur. On se prend au jeu car mis à part ce pouvoir de modifier le passé, chaque événement est plausible et les conséquences que l'on voit ensuite défiler à l'écran sont tout à fait envisageables et auraient pu se développer ainsi à la première version.

C'est normal, il n'y a rien d'étonnant dans la réalisation d'un destin, ça nous arrive chaque seconde.

C'est de prendre conscience des autres destins possibles qui dérange. La vie est une série de choix qui, pris les uns après les autres, paraissent se suivre logiquement, mais auraient parfaitement pu prendre une direction opposée pour un petit détail à un moment précis, pour un autre choix que celui que l'on a fait.

Dès lors comment peut-on vraiment choisir alors que la moindre décision peut avoir de telles conséquences ? Comment arrive-t-on à continuer dans ces conditions, jour après jour ?

N'avez-vous jamais eu le sentiment de vous tromper sur le moment, et de voir ensuite les événements se précipiter exactement comme vous le craigniez ? De vous voir vous enfoncer dans la mauvaise direction sans vous débattre ? Moi si.

C'est peut-être parce que certaines options ne sont pas envisageables, simplement, parce qu'elles ne correspondent pas à ce qui est prévu, je ne sais pas. Sinon pourquoi nous laisserions nous glisser pareillement dans ces choix douteux ? Notre destin est peut-être unique et les autres choix, même meilleurs, sont tout simplement des choix impossibles. Du coup les décisions sont plus faciles à prendre.

Et les autres trajectoires n'apparaissent que dans nos rêves, quand on croit un bref instant qu'elles existent quelque part, ou quand on se laisse porter par un film comme celui-ci en se disant peut-être que rien n'est définitif.

vendredi 18 février 2005

George Clinton dans ma salle de bain

Je ne vous ai jamais parlé de musique.

Hier soir la grande soeur a prononcé la formule magique : "Plein d'eau", ce qui en langage civilisé veut dire : "je prendrais volontiers un petit bain afin de me détendre après cette journée harassante et jouer quelques minutes avec ces poissons en plastique jaunes qui traînent sur le bord de la baignoire".

Sitôt demandé, sitôt versé. Avec de la mousse s'il vous plaît.

Tellement de mousse que ces petits poissons, une fois repêchés du liquide savonneux par une petite main ferme et décidée, ont la tête complètement recouverte de milliers de petites bulles de savon.

On dirait George Clinton, qu'elle me dit.

J'imagine que vous comprenez mieux pourquoi je ne vous ai jamais parlé de musique, j'ai rien à apprendre à personne, même pas à une gamine de 6 ans.
C'est déjà foutu je crois bien.

jeudi 17 février 2005

Les voisins sont dans la place

Pendant que je me la joue technicien de blog, après le nouveau thème, voici la nouvelle section Liens, re-baptisée pour l'occasion Les Voisins.
Oh, comme c'est joli.

Sinon, rien à signaler de particulier: le petit a une otite carabinée, la grande une sinusite aiguë et les parents carburent aux amphétamines.
On fait tourner l'industrie pharmaceutique à nous quatre. Vous pouvez investir, on soutient la demande pour la semaine à venir. Après faudra trouver quelqu'un d'autre.

Merci de prendre vos dispositions.

mardi 15 février 2005

Du plomb dans ton sommeil

3 heures du matin. La ville est suspendue. Pas un bruit. Tout est si paisible. C'est à peine si l'on entend la brise caresser doucement les volets clos. Je dors profondément, quel bonheur. Je rêve de vacances au soleil, d'oiseaux, de papillons, de musique légère, tchip, tchip. Je flotte au milieu de nulle part. Je n'attends rien. Passif, je plane, je me laisse porter au-dessus du vide. Je vois des montagnes, je survole lentement des vallées arides, des paysages lunaires. Il n'y a personne, je suis bien.

- les monstres ça existe ?

Quelle tranquillité.

- Kadi, les monstres ça existe ?

Hein ? Cette fois-ci je ne rêve plus. J'ouvre les yeux. Dans la pénombre, il me semble distinguer une petite silhouette qui ne m'est pas inconnue.

- Il y a un monstre dans ma chambre.

- Ben voyons. Dans la mienne aussi. Et ce monstre va aller se coucher vite fait, c'est moi qui te le dis.

Quelques mensonges me permettent de régler rapidement le problème et de chasser l'intrus de chaque chambre, à commencer par la mienne. Ni vu ni connu, je retourne au lit, à moi les grands espaces. J'arrive, attendez-moi.

4 heures du matin, je marche dans une forêt, c'est le printemps. Un vent chaud souffle à travers les branchages. Je me délecte de cette odeur de feuilles humides, de cette douce chaleur qui monte du sol, je me sens bien. On entend parfois comme un sifflement dans les arbres, comme un courant d'air qui passe et qui se faufile entre les troncs majestueux. Les fleurs sont presque ouvertes, on voit quelques abeilles tourner plus loin dans la clairière. Ce sifflement persiste, augmente même, je m'interroge à moitié, est-ce la respiration d'un animal sauvage. Oh, il m'a semblé voir un chevreuil à l'orée du bois, je voudrais bien l'approcher. Doucement, tout doucement. Et toujours ce reniflement derrière moi. C'est agaçant, je vais me faire repérer.

- je peux avoir un mouchoir, j'ai le nez qui est bouché.

Malédiction. Le chevreuil s'est tiré. Et le monstre est de retour dans ma chambre.

lundi 14 février 2005

Voici le nouveau t'aime

Jeu de mot habile pour la St-Valentin, on ne se refait pas.
Chez nous on offre un cadeau à l'être cher (quand on aime on ne compte pas) et rien qu'à l'être cher (ce qui va le rendre d'autant plus cher par définition).
Chez nos amis américains (s'il vous en reste) et si je n'ai pas été victime d'une vilaine tromperie (on m'aurait menti ?), on envoie une carte à tous ceux/celles qu'on aime. C'est mieux pour les affaires, mais c'est trompeur pour les petits nouveaux... Je me souviens avoir reçu (il y a longtemps, hein, on se comprend) une ou deux cartes de jolies jeunes filles pour la St-Valentin et m'être posé quelques vagues questions facultatives. Be my Valentine.

Bref, après cette maladroite digression sur mes errances passées, je reviens vaguement sur le sujet: bon, le résultat n'est pas au mieux de sa forme, mais je l'ai fait avec mes petites mains, ça compense... Comment ça, ça compense rien du tout ? Très bien j'assumerai alors. Voici donc le nouveau thème. Tadam. Et pis pendant que vous y êtes, si ça a vraiment l'air bizarre chez vous merci de me mettre un petit commentaire avec votre configuration...

Voilà merci. Et moi je vous dis Bonne St-Valentin ! Que le meilleur gagne.

vendredi 11 février 2005

Captif intuitif

A vous autres mirages, vous dont les paysages s'envolent en silence et vous dont les reflets encombrent ma mémoire, je vous revois toujours, je vous pressens chaque heure et chaque instant qui passe. Je m'attends à vous voir surgir de nulle part, je vous entends venir, je vous vois vous glisser et déjà vous gagnez. Vous n'êtes pas de feu, vos lueurs sont fragiles. Mais rien ne vous résiste.

Je vous attends peut-être.

Et vous apparaissez, devant moi, devant nous. D'abord une illusion, ai-je bien vu quelque chose. Et puis vous insistez, le doute est impossible. Il s'agit d'une image, rien de moins, rien de plus, mais une image qui dure. Et plus je vous observe et plus je vous enflamme, un visage, un voyage, un songe évaporé. Et vous disparaissez, sans un bruit, sans une ombre. Comme si tout cela n'était plus rien, qu'un peu de sable, qu'un peu de vent. Ma tête en tremble.

Alors je me retrouve, juste à temps, étonné, fatigué, fixant le vide, les yeux blanchis. Sans envies, sans regrets, sans revanche.

jeudi 10 février 2005

Humeur limite

Les vieilles sont dans la place. Partout. Dans la rue, dans les restaurants, dans les magasins, derrière moi. Partout que des vieilles. Et elles radotent, elles m'insultent parce que la poussette prend de la place dans le bus, parce qu'elles ne peuvent pas rejoindre à 15.02 le club des vieilles de la cafétéria comme tous les jours. Non, je suis là, devant la porte avec ma poussette et je ne vous aime pas, figurez-vous. Je n'aime pas vos horaires, vos petites habitudes, vos allusions, vos grimaces, vos faiblesses. J'espère mille fois ne jamais ressembler à trois millimètres de ce que vous êtes devenues, vieilles mégères. Vous pouvez crier, vos postillons ne feront pas bouger d'un pouce. Je suis imperméable.

mercredi 9 février 2005

Un peu court jeune homme

C'est drôle ça, l'année dernière, j'ai préparé un texte de Rilke et je viens de remarquer que j'ai fait l'impasse sur une phrase entière du dernier paragraphe.

Je l'ai traîné 6 mois dans les répétitions, on l'a filmé, joué en public (enfin dans la salle de répétition, hein, on se comprend, avec les gens qu'on aime bien), monté dans diverses variantes avec plus ou moins de bonheur et de mains moites.

Et toujours sans cette fichue phrase. C'est simple, je la découvre maintenant (barrée en dessous).

La femme eut peur et elle se détacha d'elle-même, trop vite, trop violemment, tant et si bien que son visage resta dans ses deux mains. Je pouvais le voir couché là, je voyais sa forme en creux. Je fis un immense effort pour ne pas détourner mon regard de ces mains et pour ne pas voir ce qui s'était arraché d'elles. J'étais terrifié de voir un visage par l'intérieur, mais je redoutais cependant bien davantage encore d'apercevoir la tête nue, écorchée, dépourvue de visage.

On sait ce qu'on sait et on ne sait pas ce qu'on ne sait pas, hein ? A moins que ce ne soit l'inverse. Hm, doit manquer aussi un truc ici.

Le jeu des 3 erreurs

Cela paraît évident maintenant, le petit n'est pas en grande forme. Il toussote, crachote, reniflote, bref il péclote.

Pécloter [v. intr.]
Suisse romande : être en mauvaise santé, être patraque,
mal fonctionner, tomber en panne.

(C'était pour la rime, mais j'en ai d'autres si vous êtes intéressés).

Le médecin nous a prescrit un sirop et des gouttes à mettre dans le nez. Haha, laissez-moi rire. Il aurait pu nous filer une solution pour gargarismes que ça n'aurait pas été plus incongru. Non, sur le moment, je veux pas dire, ça m'a semblé réaliste. J'avais une petite appréhension concernant les gouttes, mais je me suis dit que le sirop, c'était dans la poche. Première erreur d'appréciation.

Retour de la pharmacie, seul avec le petit gars. A nous deux. Petite purée de fruits pour faire diversion, puis lecture des instructions. Au moyen d'une seringue, mesurez 2.5 ml de sirop et versez dans la bouche. Ouais, ouais. Bon la bouche elle est là, non elle est là, non de l'autre côté, mais, ma parole, la tête n'arrête pas de bouger ! C'est curieux ça, on dirait que le sujet n'est pas très coopératif. D'une légère pression, je maintiens la tête dans la position qui convient et je constate qu'il est difficile d'actionner une seringue d'une main quand on la tient de travers. Mais je me dis que ça ne peut pas complètement foirer. Deuxième erreur d'appréciation.

Le sirop passe à moitié à côté. Il est bien rouge ce sirop, c'est marrant ça, on dirait que ça tache comme dans la pub de la lessive. Bon, pas de panique, le petit ne s'est pas encore fâché, faut dire qu'il n'est pas en forme pour répliquer sérieusement. A la limite, il pourrait même commencer à trouver ça amusant.

Deuxième tentative. Jouons franc jeu. La cuillère. Une petite cuillère c'est pas le bout du monde, n'est-ce pas ? Ah non ? Comment ça non ? C'est pas la peine tu dis ? Comme il est gentil. Pardon ? La cuillère je peux la mettre par terre tout de suite, c'est là qu'elle finira de toutes façons ? Bon, bon, hm, je proposais ça comme ça, restons polis.

Troisième tentative. Fini la rigolade. Re-seringue, mesure, blocage, ouverture de la bouche, violence, pression, grimace, livraison, re-grimace. Parfait. Papa content. Troisième erreur d'appréciation.

Ejection. Tout est sur la bavette. Papa pas content. 2.5 ml sur la bavette, là sous mes yeux. Et le petit qui trouve ça normal. Tu me donnes un truc que je veux pas, je recrache. Logique.

Un bref calcul me permet toutefois de supposer qu'entre les trois tentatives, il a certainement absorbé un centième de ce qu'il doit prendre et que c'est déjà pas mal pour un coup d'essai. Mais bon, quand même, on en a pris pour 3 jours, à raison de 3 fois par jour. Faudra ruser, tromper, manipuler, mélanger, camoufler, je ne sais pas. Sinon ça sentira la fraise dans tout le quartier et pas sûr que ça calme aussi bien la toux de cette façon.

lundi 7 février 2005

Tous au palace

Il y a un palace pas très loin de chez moi, figurez-vous. Un 5 étoiles.
Hier après-midi, en empruntant une petite rue adjacente pour rallier le bord du lac, nous avons passé par hasard devant la porte de service: l'entrée marchandises.

Quel choc ! Je me suis dit d'un coup que tout ce qui était servi dans ce palace avait, à un moment ou à un autre, franchi le seuil de cette porte. Inutile d'insister sur l'aspect strictement utilitaire de cette entrée marchandises: une espèce de porte-rideau en plastique, suivie d'un couloir sombre avec des caisses et des cartons de tous côtés. Bref, une entrée marchandises comme celle d'un supermarché ou d'un hôpital. Rien ne présage du contexte futur, non, ce n'est pas ici que le luxe se décide, la transformation s'effectue à l'intérieur, j'imagine.

Mais ce n'est pas le sujet de ce billet, non, ce qui m'est venu à l'esprit sur le moment, c'est que toutes ces marchandises sont manipulées par une foule de personnes différentes, pour passer un jour par cette entrée marchandises avant de subir encore une série de transformations et de terminer dans une assiette, sous le regard professionnel d'un serveur en costume de cérémonie.

J'ai imaginé un livreur apportant des légumes cultivés à l'autre bout du monde, ou le chauffeur de la blanchisserie industrielle livrant le linge que d'autres viennent de laver, ou encore le boucher déposant des steaks de cerfs de Nouvelle Zélande, lui qui n'y a jamais mis les pieds évidemment.

Chaque chose que l'on mange, touche, regarde, est le résultat d'un travail d'équipe dont les membres ne se connaissent même pas. Et je me suis surpris à m'imaginer à la table d'un des restaurants de ce palace et de visualiser, rien qu'un instant, toutes ces personnes autour de moi, me regardant engloutir le fruit de leur travail. L'éleveur de Nouvelle Zélande, le livreur, le comptable, le cuisinier, ces centaines d'intermédiaires, tous ici, tous sous mes yeux. Non, il n'en manque aucun. La salle est bondée.

Une manière de visualiser le lien qui nous unit tous, à travers ce que l'on s'échange chaque jour. Comme ce café qui fume encore, à portée de ma main, ou comme ces mots qui partent vers vous à travers ce billet et les images qui peut-être vous traversent l'esprit quelques secondes en lisant ces lignes. Etrange sentiment d'appartenir à une espèce, d'imaginer que nous ne nous connaissons pas mais que nous avons, chacun, quelque chose à nous transmettre, que nous ne connaissons pas les liens qui nous unissent, mais que ces liens existent, évidemment. Sinon vous ne seriez pas là. Sinon cette tasse serait vide, sinon il n'y aurait pas de tasse. Sinon je ne serais pas là.

Tout cela m'échappe un peu, j'ai de la peine à formaliser cette sensation, et dire que c'est tellement simple, tellement évident à la fois. J'aimerais simplement la garder à l'esprit, m'en souvenir quand le sentiment de solitude me frôle d'un peu trop près.

Discrétion assurée

Comme vous l'avez remarqué, je me suis fait un peu discret ces derniers jours (bien que ce soit difficile de remarquer quelqu'un de discret, évidemment). Nous avons en fait passé le week-end à échanger nos maladies. Mon rhume contre tes maux de gorge, mais oui, vas-y, donne m'en...
Les filles ont pris l'avantage ce matin, je dois bien l'avouer. Il faut dire que s'attaquer au petit bonhomme a été très lâche mais stratégiquement habile. Car un bébé malade ne dort pas. Et un papa qui ne dort pas tombe, à plus ou moins court terme, malade lui aussi. 2 à 2. Revanche ce soir. On verra ce que l'on verra.

jeudi 3 février 2005

Grippistrose

Ben là bravo. Les deux filles sont malades. Elles toussent, elles reniflent, elles râlent. Heureusement que les garçons tiennent le coup, l'un pour gagner la croûte, l'autre pour mettre l'ambiance à coup de gagababa dans sa chaise haute...

mardi 1 février 2005

Tu vas payer

Qu'est-ce qu'on fait à la fin du mois ? Hein, je vous le demande.

On paie ses factures.

Et quand on en a un paquet sur la table, ça prend un peu de temps mais surtout ça intrigue...
Mais qu'est-ce que c'est que tout ça ? m'a demandé la grande soeur. Héhé, des factures, je lui dis. Ça sert à payer ce que l'on doit payer, sous-entendu, plus il y a de factures, moins il y a de nouvelles barbies, poneys, gadgets des indestructibles et je ne sais encore quel T-Shirt des supernanas. Pas de souci, je me suis dit, que voilà une bonne pédagogie par chère, qui peut rapporter gros.

Tu vois ça, c'est pour payer l'appartement. Et puis celle-ci, c'est le téléphone.
Et puis celle-là ?, elle me demande. Ça c'est pour l'électricité, pour avoir la lumière.

Ben, on l'a déjà la lumière. C'est nul de payer pour ça.

Peut-être pas si bonne que ça cette méthode finalement.