Kadi-Blog

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mercredi 30 mars 2005

Rentrée dans l'atmosphère

Et quelle atmosphère... J'habite un pays où les citoyens honnêtes sont militaires. Sans exception, sauf s'ils sont malades ou révoltés. Je ne suis heureusement pas de la première catégorie mais malheureusement pour moi pas de la deuxième non plus.

Résultat, je trouve dans ma boîte aux lettres une convocation pour 4 semaines de guerre, le tant redouté cours de répétition. Je cache ma joie. Franchement, vous me voyez en tenue d'assaut, l'oeil méchant, le casque enfoncé jusqu'au menton, prêt à bondir sur un ennemi parfaitement inexistant. Quelle farce. Et quelle plaie pour le moral. Dormir dans des abris souterrains, manger dans des gamelles, voyager sur le pont d'un camion, traîner des tonnes de matériel, en croisant parfois le regard embué des quelques vieillards qui peuplent encore nos campagnes rétrogrades. C'est sûr qu'on rallume leurs souvenirs et surtout leur jeunesse. La contrainte et la frustration, il n'y a pas mieux pour modeler le souvenir, pour le défigurer à coups de burin.

Le pire, c'est qui faut remettre ça chaque année, récupérer dans sa cave cet amas de vestes, pulls, casque, chaussures, masque à gaz, fusil, cartouches, sac à dos et toutes ces babioles que l'on ne retrouve jamais et qu'on nous réclame, évidemment. Et laisser toute sa famille à la maison, comme pour de vrai. Il faut avoir le sens du sacrifice, le sens de l'absurde. Tant pis si ça fait mal, tant pis si la gorge serre quand tu fermes la porte.

Le premier jour est toujours le plus difficile. Chacun se planque derrière ses astuces, tente de sauver la face, repère les hiérarchies officieuses, les accointances, les anciens collègues. Que sont-ils devenus ? Ont-ils des enfants ? Tu parles pour ne pas craquer, tu sais que ça va passer, que tu vas tenir le coup. On tient toujours le coup, il faut se connaître, et à la longue, tu finis par te connaître. Forcément, à force de n'être vraiment qu'avec toi pendant tout ce temps.

Alors, en attendant de la conjuguer au passé, tu ronges ta déprime et tu te mets en veille jusqu'à la libération. Il y en a qui partent en vrille et qui s'alcoolisent méthodiquement, d'autres qui errent dans le vide et sursautent à chaque hurlement d'officiers. Je suis sûrement un peu entre les deux, suivant les jours.

Le temps passe lentement, tu attends, tu n'es jamais complètement endormi ni complètement éveillé. On te fait la morale : vous vous comportez comme ça dans le civil ? Dans le civil, je suis animé, je me trouve un peu de sens, ici considérez-moi comme une machine, ça sera plus simple pour tout le monde. Vous pouvez crier, vous pouvez gesticuler, je n'ai plus une once de bon sens. Vous m'avez peut-être, mais vous ne m'avez pas vivant.

C'est sûr qu'il me faudra un peu de temps pour m'y faire. Je vais d'abord imaginer mille moyens de ne pas y aller, comme chaque année je vais échafauder des stratégies imparables, je vais me surprendre à croire que je ne partirai pas. Et puis, j'irai, d'un coup, préparer mes affaires. Pour 3 jours d'abord. Là, ce sera facile. Et quand je reviendrai pour une semaine à peine, je me dirai qu'un médecin va me trouver, c'est sûr, une maladie foudroyante, comme toujours. Et puis je mettrai toutes mes affaires dans un grand sac à dos vert foncé. Et ce sera lundi matin, l'heure de partir. Pour 3 semaines. J'ai l'impression d'être tout en bas, là juste maintenant. Dire qu'il me reste même pas un mois d'air pur avant de partir.

Non, vraiment, désolé pour ce coup de déprime un peu disproportionné, le récit de nos petites vacances, ce sera pour bientôt, mais pas pour aujourd'hui.

lundi 21 mars 2005

Délit de fuite

Petite balade au bord du lac avant quelques jours de vacances...

...et ensuite, à nous le bitume. Faut que ça pulse.

On vous ramènera des saucisses et des parts de Forêt Noire si vous êtes sages.

jeudi 17 mars 2005

Vert de fête

Moi je dis bonne fête aux Irlandais !

lundi 14 mars 2005

Le retour du cobaye solitaire

Je crois qu'on vous a déjà fait le topo sur ma petite personne, je suis le cochon d'inde, le cobaye de service. M'appelle Kriki. Et même que je suis plutôt futé pour un cochon d'inde, bien plus que les trois girafes qui tiennent la cantine en tous cas. L'autre jour, j'ai même réussi à faire gober au plus ralenti qu'il était un cobaye, non mais franchement, quel lièvre.

Bon, je vais pas y aller par quatre chemins. Ce matin j'ai eu droit au coup du carton. J'avais déjà été mis au parfum, mais quand on y passe, on voit sa vie qui défile. Le truc est simple, on t'attrape et on te fourre dans le noir. Il y a juste deux ou trois petits coups de dent sur le haut, histoire que tu claques pas tout de suite. Et après, en voiture Simone. Moi, je n'aime déjà pas quand on me tripote alors quand on me coupe la lumière et qu'on m'agite façon bloody mary, je sais pas ce qui se passe, je m'inquiète, des fois même je sors les crocs. C'est pas que je sois porté sur les canines, c'est pas le genre, mais si on me cherche, on me trouve.

Il faut dire que depuis quelques jours, ça me gratte de partout. Dois avoir des puces ou des bestioles pas claires. Sûrement pour ça que je me suis saigné le dos, à force de gratter. Ouais, je te vois venir, tu vas me sortir que je suis pas un flambeau de me gratter, mais un cochon d'inde ça marche à l'instinct, ça gratte, tu grattes. Pas compliqué. Sauf que ça fait mal. Et aussi que ça commence à s'infecter sévère. C'est Kadi qui l'a dit et je crois qu'il a pas tout faux pour une fois.

Je ne pourrais pas vous raconter ce qui s'est passé juste après, rapport au carton qui était fermé de l'extérieur, mais j'ai reconnu le roucoulement d'une caisse bas de gamme et je me suis retrouvé sur une table avec 3 autres girafes tout autour qui me reluquaient comme un caniche de salon. Puis ils ont m'ont aplati d'un coup en déblatérant des trucs pas nets comme quoi j'aurais des bestioles partout et que j'allais passer à la casserole. Ensuite on m'a remballé et retour à la cage départ.

On verra ce qui va se tramer pour ce soir, le programme a l'air chargé. Il y a des rumeurs de bain et de traitement de cheval. Je sens que je vais encore devoir me faire les griffes sur quelqu'un.

jeudi 10 mars 2005

Superkadifragilis

Ah, ce que je suis efficace aujourd'hui.

C'est à se demander si ma productivité au bureau n'est pas tout simplement inversément proportionnelle à mon activité sur ce blog.

mardi 8 mars 2005

Ce n'est pas encore ton jour

Tiens, je vois que tout le monde commémore cette fameuse journée de la femme.

Je ne suis pas certain que cela change quelque chose à la situation mais cette pseudo-mobilisation a l'avantage de laisser à chacun l'occasion de réfléchir à la situation.

Au départ, on se dit qu'il doit y avoir des raisons physiologiques, que les enfants sont forcément d'abord avec leur mère et que pendant ce temps ces mères ne sont pas aux champs. Bon.

Ensuite on réalise que les enfants ne boivent pas du lait toute leur vie et que les pères pourraient tout aussi bien leur donner la bouillie toutes les 4 heures et accessoirement faire un peu de lessive pendant qu'ils y sont. Donc que ces pères pourraient bien partager leur temps.

On découvre alors que le vie professionnelle ne laisse pas beaucoup de place à la flexibilité et que l'employé n'est pas en mesure de poser ses conditions s'il veut rester employé. Donc qu'il devra travailler tout le temps ou pas du tout. Donc qu'il faudra bien attribuer les rôles, en tous cas pour quelques mois.

Après on argumente que les garderies ne sont pas faites que pour cultiver les poux et les méchants virus qui font tousser.

Suivant d'où l'on vient, on remarque alors qu'il n'y a pas de place pour tous les enfants dans les garderies, que c'est soit complet, soit hors de prix. Certains en profiteront aussi pour culpabiliser en disant qu'on ne fait pas des enfants pour ne les voir que quand ils dorment, même s'il faudra raccourcir ses bretelles ou se serrer la ceinture. Donc qu'il faudra non seulement attribuer les rôles, mais que cela va peut-être aussi durer plus longtemps que prévu.

Après on se dit que les mères pourraient très bien aller travailler quand les enfants sont à l'école. Sauf quand ils sont malades ou qu'ils ont congé ou que les instituteurs font la grêve ou que c'est les vacances ou quand il faut les amener au cours de musique ou de danse ou de patin à glace. Et on se souvient alors que les employeurs n'aiment pas la flexibilité quand c'est eux qui doivent en faire la preuve.

Ensuite on crie qu'on en a marre de cet argumentaire stupide, que les femmes n'ont pas toutes des enfants et qu'il est de toutes façons inacceptable que les salaires dépendent du fait que notre premier pyjama était rose ou bien bleu et qu'il n'y a aucune raison que les femmes cadres ne représentent qu'une minuscule proportion des utilisateurs d'attaché cases.

Mais on réalise que l'employeur connaît les statistiques et sait que 100% des absences pour cause de grossesse sont le fait des femmes. Et donc qu'il comptabilise ce que ces absences pourraient lui coûter. Qu'il faudra former quelqu'un d'autre. Ou peut-être qu'il voit aussi ce CV avec ces 4 années sans expérience directement négociable, enfin c'est lui qui le dit.

Alors on se rassure puisque tout cela ne repose finalement que sur des arguments objectifs et que tous les problèmes objectifs ont des solutions objectives. Qu'il faudrait juste financer ces absences, organiser de nouvelles garderies, valoriser le temps à la maison, faciliter la formation, généraliser le temps partiel. Que finalement tout cela n'est qu'une question de temps, d'organisation, d'opportunité politique.

Mais cet emloyeur a un drôle de sourire aux lèvres, il fait une ou deux remarques désobligeantes en glissant un oeil intéressé sur des arguments qui n'ont rien de professionnel. Il récite des "je vous comprends", des "ce n'est pas facile quand on a des enfants", mais aussi des "ma femme reste à la maison, elle, il faut bien que quelqu'un s'occupe des enfants". Et on se dit tout d'un coup que cette société est malsaine. Qu'elle a encore bien du chemin à faire.

Et rien que pour cette raison, rien que pour ces regards déplacés, rien que pour ces a priori qui transpirent, une journée comme celle-ci est indispensable. Et on se dit aussi qu'il faut tous y penser aujourd'hui, mais surtout qu'il faudra y travailler demain et apprendre à nos enfants que les filles et les garçons sont nés dans le même jardin.

lundi 7 mars 2005

Comment ? C'est dingue ça, j'entends rien

Chaque soir, c'est le petit rituel, la grande soeur et moi. On lit une histoire ou on refait le monde ou on parle des maisons qui brûlent (c'est un truc qui est arrivé à une de ses copines de l'école et ça nous préoccupe pas mal ces jours-ci).

Je dois dire que j'aime bien ces petits moments où on grandit vite (et puis ça passe, hein, on n'est pas pressé non plus).

Sauf que hier, c'était pas comme d'habitude.

- C'est dommage que vous m'avez pas dit, maman et toi, quand vous avez fait le petit frère. Je serais venu voir. Comment tu as fait ? Toi, tu vas au travail la journée.

Ouais, c'était pas comme d'habitude.

jeudi 3 mars 2005

Lecture et bricolage

Je suis pas vraiment ce que l'on appelle un bricoleur de génie. Dès qu'il s'agit de monter un meuble, de percer un mur, peindre ou coller, je sais pas ce qu'il se passe, ça marche pas comme il faudrait. J'ai les mains qui vont bien pour faire des ombres sur les murs et préparer des crumbles aux pommes, mais pour la bricole, il n'y a pas à dire, j'ai deux mains gauches. Je peux d'ailleurs assez facilement voir les catastrophes arriver et, bien souvent, les événements me donnent raison.

Je n'aime pas tellement les événements dans ces moments-là.

L'autre jour, je me suis mis en tête de monter un bureau pour la grande soeur. Je vous épargne ici un jeu de mot douteux concernant les têtes et les martels. Je sors donc toutes les planches du kit, je me débats avec le carton vide qui refuse déjà de se plier comme je le lui demande gentiment, je me maudis ensuite de ne pas avoir choisi un modèle de bureau plus simple (c'est-à-dire avec moins de pièces que cet EVEREST de vis, planches, poignées, etc), je déplie les instructions comme un grand professionel du montage de bureau à domicile et enfin, je râle un peu, juste le temps de mettre la main sur le misérable tournevis cruciforme dont il est question dans cet infâme guide de montage multi-langue et multi-culture (évidemment l'homme, dans un grand souci de simplification du monde de la bricole, a cru bon de faire cohabiter deux espèces distinctes de tournevis, ne me demandez pas pourquoi).

Il faut poser la grande planche sur le sol, ouais, c'est peut-être celle-là, à moins que ce soit l'autre, bof, on verra, voilà, comme ça, visser quelques vagues supports sur le côté selon que l'on veut le tiroir à droite ou à gauche, serrer, taper, coincer ses doigts, bref oeuvrer pour la paix des ménages car pendant ce temps, et je dois bien le reconnaître, on est bien trop occupé pour dire du mal de sa future belle-mère.

Arrive, au milieu de cet insoutenable suspense de planches et de vis, la grande soeur, qui se dit que ça fait longtemps qu'on entend plus personne râler dans la pièce du fond.

- je vais lire maintenant.

Elle se saisit d'un livre et je lui jette un regard mi-menaçant, mi-suppliant. J'imagine déjà que sa compagnie ne va pas simplifier ma difficile mission.

- Dééé Poooo, dddééépppaaa, ppppaaauuu, ça fait quoi A et U ?

Ce petit manège dure quelques minutes et je fais bonne figure, j'agis en adulte pondéré et responsable et je réponds à ses multiples interrogations en rassemblant ce qu'il me reste de dignité encore inutilisée. Il faut bien admettre que l'apprentissage de la lecture n'est pas ce qu'il se fait de plus facile. A et U ça fait O. Et ma planche, je crois bien que je l'ai mise à l'envers.

- PPPPaaaaaooo. Peut-être que plus fort ça aide et ce serait dommage de se priver: PPPPAAAAAUUUUUOOOO.

Je sens que ma résistance psychologique n'est pas celle d'un joueur d'échecs.

- Je vais regarder les images maintenant.

Ouf, on n'est pas passé loin. J'en étais où. Ah oui, cette planche. Pff, vais me faire un café moi, faut pas trop d'émotions dans la même journée.

mardi 1 mars 2005

Un petit gars tout neuf

Le petit a 9 mois pile aujourd'hui.

C'est drôle de se dire que, jusqu'à hier, il avait passé plus de temps dans l'eau que dans l'air. C'est un vrai petit homme maintenant. Il commence à ramper, il se tourne chaque seconde en attrapant tout ce qui est à sa portée, il réclame à manger en tapant sur sa tablette, il rigole.

Je me souviens de foncer à l'hôpital, d'oganiser la garde de la grande soeur en arrivant, d'entrer ensuite dans cette salle d'acouchement, de déposer la valise, les affaires. Drôle d'endroit, tout différent de ce que j'avais vu pendant la visite, il me semble.
Mais on me dit que c'est pas pour tout de suite, qu'il faudra revenir plus tard. Alors, je retourne dans le hall pour donner des nouvelles pendant qu'ils sont encore là. J'explique à la grande soeur.
Et quand je reviens, 5 minutes après, on me dit que ça commence, que c'est maintenant. Qu'il faut du courage. Je découvre alors cette maman si forte, si déterminée, transformée face à cette douleur crue, sans anesthésie, pas nécessaire qu'ils ont dit, et plus le temps maintenant. 30 minutes, peut-être 40. J'aide comme je peux, j'applique le masque à oxygène, je la maintiens comme on m'indique à chaque poussée. C'est dur, elle se débat, elle crie. Je surveille les réactions de la sage femme pour savoir si tout va bien.
Et puis j'ai vu cette toute petite chose fragile arriver, j'ai eu peur un peu. Tout est normal ? Et puis je l'ai regardé, j'ai observé ces petites mains, ces petits yeux qui me fixaient, même s'ils ne me voyaient pas encore. Je l'ai découvert en me disant que c'est pour la vie. Et puis je l'ai baigné, tout de suite après. Il n'a pas pleuré, je crois, je l'ai langé ensuite et habillé, comme si j'avais fait ça la veille.
On me dit qu'on va le surveiller quand même cette nuit, que c'est plus prudent, qu'il ne faut pas nous inquiéter.
Je veille tard dans la chambre, je regarde cette petite maman si fatiguée et je suis admiratif. Merci que je dis. Je suis tellement content qu'elle aille bien.
Le lendemain, bonnes nouvelles, il pourra dormir dans la chambre maintenant. Et quelques jours après on rentre à la maison.

Et puis il est là, aujourd'hui, dans sa grande chaise, à me regarder en souriant. Et je retrouve dans ses traits ceux de celle que j'aime.

Plus j'y pense et plus je me dis qu'on m'avait jamais fait un aussi beau cadeau.