Kadi-Blog

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lundi 27 juin 2005

Rentrée dans l'atmosphère II

Bon, voilà, c'est fait. 8 heures de spectacles en deux jours. Tout ce que je fais dans ce bureau aujourd'hui ne résonne plus pour personne. C'est à se demander pourquoi je me lance chaque année dans ces aventures alors que je sais qu'en sortir me laisse si misérable.

Une semaine de course, une semaine de rencontres, une semaine de flamme, de peur au ventre, d'émotions, de vertiges, de sourires, de regards qui ont le droit de tout dire. Ces personnages nous habitent, nous font parler, nous font vivre, sur la scène mais aussi et surtout dans les coulisses, entre nous, nous tricotent les uns aux autres. Et puis plus rien. L'impression qu'en posant mon costume, il ne me reste plus qu'un grand vide au-dedans, juste un souvenir déjà voilé et des visages que je ne reverrai sans doute jamais, des mains serrées si fort qui partent au loin, si vite. Comme si tout cela ne comptait pas, comme si l'on pouvait impunément jouer avec ses émotions. Les groupes s'en retournent chacun de leurs côtés. Peut-être nous reverrons-nous dans un an pour ré-assembler un autre spectacle comme celui-là, mais je sais par expérience que rien ne se passe comme on l'imagine et que la vraie vie reprend le dessus. Toujours.

J'ai l'impression de trop y croire, d'être trop près d'une limite que je ne maîtrise pas. Les autres en sortent si vite, me semble-t-il, si facilement. Je n'ai plus de repères.

Hier, je n'ai presque pas pu parler après, je suis resté seul dans mon coin à boire un verre qui serrait la gorge et brûlait le ventre. Et puis je suis rentré, sans même demander quand on se reverrait.

La lumière s'est éteinte et mon costume n'est plus qu'une peau morte.

vendredi 24 juin 2005

Festival sans cannes

Moi je dis que ça va vous faire une belle jambe, mais on m'a mis une petite attelle de rien du tout, je peux même marcher sans boiter...

Résultat des courses: spectacle ce week-end. J'ai rejoint les répétitions, on a la générale ce soir et les festivités sont pour demain et dimanche.

On commence à transpirer.

Ça fait du bien de revenir dans la danse.

samedi 18 juin 2005

L'art et la manière

Admettons que, pris d'une soudaine envie de repeindre votre appartement ou d'ajouter à votre t-shirt blanc une petite touche colorée, vous vous interrogiez sur les moyens de projeter à bon compte une yogourt aux myrtilles en fines gouttelettes.

Rien de plus facile, car non content de vous soumettre ce problème passionnant, je vais vous en offrir la solution.

1. Munissez-vous d'un enfant d'un an et quelques semaines, de préférence avec un petit rhume.

2. Prenez ensuite un yogourt aux myrtilles (par exemple de culture biologique) et vérifier qu'un colorant naturel ait été ajouté (la betterave donne de bons résultats).

3. Sortez le yogourt du réfrigérateur un peu à l'avance de manière à ce qu'il ne soit ni trop froid ni trop ferme.

4. Donnez une cuillère de yogourt à l'enfant cité sous le point 1.

5. Vérifier votre position et celle de l'enfant: toujours bien en face de votre enfant si vous avez opté pour une coloration de t-shirt, l'enfant face au mur si vous visez la réfection de votre coquet intérieur.

6. Au bout d'une ou deux cuillerées, l'enfant va soudain fermer les yeux, basculer sa tête un peu en arrière pour prendre un peu d'élan et... éternuer.

7. Si vous avez bien suivi mes instructions, la bouche de l'enfant, à cet instant précis, délivre le contenu exact d'une cuillère de yogourt aux myrtilles sur l'objectif avec une précision foudroyante. Le résultat de ces manipulations ne manquera pas de vous séduire, ainsi que vos visiteurs (si vous avez pris soin de convoquer quelques témoins pour la circonstance).

vendredi 17 juin 2005

Plus dure est la chute

J'ai voulu sauver, tel superman, un petit gars d'une chute qui me paraissait inévitable et je me retrouve avec un pied dans le plâtre, ça m'apprendra. En plus il est même pas tombé, ce petit bonhomme... Tout le monde ne peut pas en dire autant.

Je goûte au confort du télétravail (j'ai pas dit télé + travail) et je parle à ma cheville foulée. Pour une fois que je me suis foulé à la tâche.

Le seul truc qui m'ennuie vraiment c'est que je risque bien de ne pas pouvoir participer à notre petit spectacle le week-end prochain, toutes ces heures à se préparer pour rien, juste deux béquilles et une piqûre tous les jours à 17.30.

Je suis retourné hier à l'hôpital pour refaire le pansement et j'ai bien tenté d'amadouer l'infirmière, de lui expliquer que la réputation du plâtre était surfaite, qu'il suffisait que je me tienne tranquille sans devoir m'encombrer de ce truc qui monte jusqu'au genou... Elle n'a même pas daigné discuter, elle m'a dit qu'elle n'avait pas besoin d'être médecin pour voir que ce plâtre je l'avais bien mérité. Mais bien essayé qu'elle a dit. Prochaine séance de négociations mercredi après-midi.

C'est pas gagné, ils ont l'air assez déterminés. J'aimerais pas être à ma place.

vendredi 10 juin 2005

T'échanges des trucs ?

J'ai pris le train hier matin, pour aller me perdre dans des contrées reculées dont vous n'avez jamais entendu parler. J'ai pas regretté le voyage, je me retrouve dans un petit train régional plein d'enfants, c'est la saison des courses d'école. En gros ça ressemble à une cours de récréation, quand vous vous demandez comment font les profs pour ne pas craquer au-milieu des hurlements, des bousculades, des c'est toi le loup... Sauf que d'habitude, dans ces cas-là, vous passez devant l'école en haussant les épaules, chacun son boulot, chacun sa croix, mais cette fois-ci je suis en plein dedans, il n'y a qu'un wagon et j'ai rendez-vous dans une petite demie heure. Bonjour les enfants.

Ils doivent avoir dans les 10 ans ou quelque chose comme ça. A peine montés dans le train, les voilà qui ouvrent déjà leur sac histoire de voir si leur pique-nique est aussi chouette que celui de Kevin. Faut dire que Kevin, c'est le petit gros du groupe, celui qui mange tout le temps et question pique-nique il en connaît un rayon. Et puis il y aussi David qui a amené des ficelles rouges à manger. Il est sympa David, il en a donné à tout le monde, enfin c'est surtout Kevin qui s'est servi et qui a montré l'exemple. Au milieu du couloir, le vieux type, juste devant moi, ce doit être l'instituteur, il m'a l'air bien fatigué déjà. Il y a aussi deux dames avec des têtes de paroissiennes et des sacs à dos, elles vont lui filer un coup de main. Il fait les présentations. Kevin, David, Jennifer. Dans ce coin-là, vaut mieux s'appeler John qu'Antoine on dirait bien.

Voilà, le train démarre, t'as pris quoi, toi, tu veux du coca, moi j'ai un sandwich au fromage, tu veux goûter. Et puis il faut aussi sortir les chips. Kevin a pu encore récupérer des trucs à Romain qui n'en voulait pas. Romain, c'est celui qui est assis tout seul sur l'autre banquette, il a l'air plus tranquille que les autres, je l'aime bien Romain. Il regarde ses copains et se dit qu'il aimerait bien faire comme eux, mais les autres n'ont pas l'air de faire trop attention à lui.

Voilà Kevin qui se lève, il va vers Jennifer et sa copine dont je n'ai pas entendu le nom. Elles sont installées juste à ma hauteur, de l'autre côté du couloir :

- Qui veut échanger mon paquet de Mikados contre un sandwich ?
- Il t'en reste combien de Mikados ?
- Il y en a encore 10, 15, 20, 21. Il y en 21 qui restent
- D'accord
- T'as un sandwich au salami ?
- Ouais, c'est celui-là je crois bien.

Et Jennifer déplie soigneusement un sachet en plastique, soupèse deux ballons de papier d'aluminium et lui tend celui qui pourrait bien être le sandwich au salami.

- parfait, ça sera pour mes 10 heures.

Quelle santé, je me dis. Où est-ce qu'il va mettre tout ça ? A la réflexion, je vois exactement où il va mettre tout ça.

- Je l'ai fait moi-même le sandwich, ajoute encore Jennifer

Romain en a profité pour prendre la place de Kevin, sauf que Kevin revient et le renvoie sur son banc.

- Romain tu vas t'asseoir là-bas, on n'est pas encore arrivés.

A côté de Kevin, il y a aussi le caïd de service, celui avec le T-Shirt de Metallica et la chaîne autour du cou, celui qui dit des gros mots. Je me dis qu'il a peut-être récupéré ce T-Shirt dans les vieilleries de son père, à moins que Kiss, Metallica et AC/DC soient encore le nec plus ultra dans la région, je ne sais pas, je viens de la ville. Je peux pas comprendre.

Jennifer demande, entre deux Mikados:

- Kevin, il parle comment Yoda ?
- Te battre tu devras, qu'il dit.

Et le voilà qui, entre deux bouchées de sandwich au salami, entonne une imitation de Darth Vader, très réaliste, très professionnel, même si les postillons n'arrangent pas l'état de la banquette.

Le train s'arrête, pas trop tôt. Sauf que Romain a filé aux toilettes.

Et puis tout ce petit monde longe le quai et disparaît dans les escaliers...

Je ne sais pas quels souvenirs vous avez de vos classes, mais il me semble que la mienne ressemblait comme deux gouttes d'eau à celle-là. On avait aussi le petit gros de service, le timide, le caïd, celui qui parle avec l'instituteur, celle qui raconte à l'accompagnatrice comment son chat a été soigné, les deux autres au fond qui se bagarrent, celui qui fouille son sac... Je me demande presque si on ne construit pas les classes sur dossiers à moins que chacun ne prenne son rôle qu'en fonction de la place qu'on lui laisse...

lundi 6 juin 2005

Fourmidable

- Vous avez des poux à l'école ?
- Non, on a des fourmis.

OK, rien à craindre des fourmis.

mercredi 1 juin 2005

1 an - 1 dent

Le petit gars a juste un an aujourd'hui et pour l'occasion il s'est offert une petite dent.

Dire qu'on a tous passé par là, à ramper, à grimper, à attraper tout ce qui traîne et puis un jour on regarde son propre enfant faire la même chose. Et lui fera pareil dans 20 ou 30 ans. Ça file un coup de vieux d'y penser, le temps est précieux, faut pas le laisser filer sans en sentir chaque fragment, faut pas laisser glisser ces sourires sans les graver quelque part et les emporter avec soi, où qu'on aille. Il en restera toujours quelque chose.

-- 6 juin - Petite correction: 1 an - 2 dents