Kadi-Blog

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vendredi 26 août 2005

Ça découpe, ça fourre, ça scotche et ça marmonne

Je ne sais pas comment ça se passe chez vous, mais ici j'ai toute une pile de cahiers à fourrer. Si ça se trouve on est les derniers de la planète à fourrer des cahiers, ça n'avance pas ce XXIe siècle... Bon, l'avantage, c'est que j'ai pu choisir le papier moi-même vu que c'est moi qui fourre. On m'a juste précisé que le papier devait être dans les roses, et pas question de ramener un papier avec des trains ou des avions. Moi j'ai dit dommage, mais bon. J'ai finalement mis la main sur un truc qui a fait bonne impression semble-t-il, avec des lapins et des fleurs. J'ai même trouvé des étiquettes violettes qui vont avec.

C'est drôle j'avais les mêmes cahiers quand j'étais petit, ils ont pas bougé d'un pouce. Il y a toujours cette case sur la couverture pour inscrire le nom et il faut quand même cacher tout ça et remettre une étiquette dessus...

Pardon, oui, je sais, j'ai du travail et ça n'avance pas, je m'y mets, pff. Passe-moi le scotch.

lundi 22 août 2005

Retour à la case suivante

Ben voilà, c'est la rentrée et cette fois-ci ça ne rigole plus, car on ne va plus à l'école enfantine des petites mioches qui savent même pas écrire leur prénom, on parle de la vraie école avec plusieurs étages, infirmerie, salle de gymnastique, dentiste, et tout et tout: la grande école, l'école des balèzes.

Même que c'est à se demander qui va devoir s'asseoir dans cette salle, tellement les parents ont l'air plus tendus que les enfants. T'as pris ta récréation ? Madame la maîtresse, mon fils doit faire ci et faire ça, vous surveillerez n'est-ce pas ? Il est tellement petit encore, blabla. Mais oui madame, bien-sûr, tout va bien aller, ne vous inquiétez pas. Mais oui, maman tout va bien aller, laisse-moi tranquille maintenant, j'ai des trucs à faire.

Bref, c'est apparemment plus dur de voir ses enfants grandir que de grandir à leur place.

Et puis aussi, juste avant de partir c'est l'occasion de rappeler une grande interrogation. Pourquoi quand j'étais petite, je devais toujours manger du glauque, hein, je pose la question ? Nom d'une pipe, le glauque, je l'avais oublié celui-là. Oui, le glauque, et même que mon petit frère, il en mange pas. C'est pas juste.

Ouais, c'est la rentrée, et il y a déjà des trucs qui m'échappent.

samedi 6 août 2005

Livre ouvert

Drôle de jour. Pour beaucoup, il évoque la conclusion monstrueuse de 6 ans de barbarie. Pour moi, et pour une famille de l'Ohio, le 6 août, c'était le jour de son anniversaire.

Je ne vous en ai jamais parlé, c'est une petite boule dans le ventre qui serre de temps à autre.

Nous nous étions fiancés, comme ça, après 3 ou 4 ans, avec le vague sentiment de suivre un itinéraire tout tracé, sans s'interroger, sans construire, sans efforts. Puis, un beau jour, d'abord par inattention, puis par prétention, par besoin d'indépendance, nous avons feint de ne plus nous comprendre. Chacun est parti de son côté, ravalant ses doutes, s'enfonçant un peu plus dans le silence, se rassurant peut-être en reprenant dans sa tête, un à un, des points de discorde en se disant qu'il n'y a rien à dire, justement. La fatalité, l'absurdité, l'inexpérience. Et puis tout s'efface si vite.

Puis une rencontre, un coup de foudre, un besoin de tout reconstruire, très vite. Tout de suite. Une famille, un enfant déjà grand. 3 années passent, comme des lumières. Jusqu'à ce téléphone, un soir de septembre, il y a 3 ans déjà. Une amie d'elle m'a retrouvé. Elle me demande comme je vais, je sens qu'elle me ménage, qu'elle me prépare à quelque chose. Puis elle me parle de l'accident. A la montagne, à une centaine de kilomètres de chez moi. C'est grave, très grave. Sa famille a fait le voyage. On ne sait pas.

Tout revient en un instant. La gorge serre, l'impression soudaine que la distance n'a pas d'importance, qu'il y a des gens dont on est proche et qu'on ne les connaisse plus n'y change rien. On me laisse un numéro.

J'appelle, le lendemain, sa mère me répond, l'anglais revient vite. Le coma. Des fractures multiples, un état stationnaire. Il faut attendre. Je ne sais pas ce que sa mère pense de moi, mais c'est sans importance.

Le week-end passe. Je pense à elle chaque seconde mais je n'ose pas aller la voir, elle n'aurait pas voulu peut-être, je ne sais pas et ça m'arrange peut-être de ne pas savoir. Et puis arrive la nuit de dimanche, je ne peux pas dormir, je ne sais pas si je rêve ou si je sens quelqu'un tout près de moi, mais quelque chose se passe.

Elle est partie ce matin-là.

Je suis allé voir ses parents l'après-midi, pauvres parents, il n'y a pas pire douleur. Je ne voulais pas venir, je voulais juste être là. Sa mère m'a installé à côté d'elle, m'a donné de vieilles photos de nous, elle a sangloté sur mon épaule. Rien n'avait changé tout d'un coup, et tout avait changé en même temps. Nous suivions de vieilles traces et nous les suivions pour la dernière fois. Je n'ai jamais revu sa famille après ce jour.

La page s'était tournée trois ans plus tôt, mais j'ai compris, à cet instant, que l'on ne revient pas en arrière.